Grégoire Margotton : « J’ai progressé en commentant le tir à l’arc »

En passant de Canal+ à TF1 en 2016, Grégoire Margotton a pris une nouvelle dimension. Derrière cette notoriété, se cache un homme plutôt terre à terre, et toujours emplit de passion. À la veille du match décisif entre la France-Portugal, la “voix des Bleus” s’est livrée à SportBusiness.Club.

Votre voix arrose avec entrain le football depuis plusieurs années… Comment avez-vous atterri dans l’univers du journalisme sportif ?

Grégoire Margotton : « Mon parcours académique est assez classique. Après un cursus en langues étrangères, je suis rentré au CFJ de Paris, je me destinais donc à devenir journaliste, mais pas forcément dans le sport. Vint en 92, une proposition de stage du service des sports de Canal+, sous l’égide de Charles Bietry, qui recherchait deux stagiaires opérationnels capables d’assurer l’activité de la rédaction à Paris, pendant qu’une grande partie des journalistes permanents se trouvait aux Jeux olympiques de Barcelone. J’ai sauté sur cette occasion, et finalement ce stage a duré 24 ans ! »

Vous allez donc souffler vos 30 ans d’activité dans le milieu… Avez-vous le sentiment d’avoir évolué et progressé durant toutes ces années ?

G.M. : « Je l’espère ! Mais finit on par régresser comme n’importe quel être humain, ou nous bonifie-t-on comme du vin ? De toute évidence, l’expérience à Canal+ fut une formidable école qui m’a permis de ratisser large. En 24 ans, j’ai eu l’opportunité de m’essayer à tous les exercices possibles, du commentaire de match, à la présentation d’émission, en passant par la co-écriture d’un documentaire. De la même façon, TF1 m’a incité à sortir de ma zone de confort, en m’amenant à commenter des matchs devant 10, 20, voire 30 fois plus de téléspectateurs que sur Canal+. Je suis d’ailleurs ravi de la chronologie de ma carrière : se frotter à une audience si massive exige expérience et maturité ».

En parlant de TF1, vous a-t-on demandé d’ajuster vos commentaires pour une cible plus grand public ou avez-vous la même marge de manœuvre que sur Canal+ ?

G.M. : « François Pélissier [directeur des sports de TF1] qui m’a engagé était formel : il souhaitait que je reste fidèle à moi-même. Cependant, j’ai dû m’accommoder à une nouvelle mécanique, commenter l’équipe de France est ponctuel, là où la Ligue 1 est une gymnastique régulière, par exemple. De même, il a fallu m’adapter à mon compère Bixente Lizarazu, l’art de commenter, c’est aussi être en phase avec son consultant. En dehors de ces ajustements, mon approche, c’est-à-dire la façon dont je prépare, fais vivre et présente les matchs est, à mon sens, restée identique ».

Vous formez un duo d’inséparables avec Bixente Lizarazu… Espérez-vous laisser la même empreinte que Thierry Roland et Jean-Michel Larqué ?

G.M. : « C’est impossible, à moins que nous commentions encore pendant 15 ans avec Bixente. Jean-Michel et Thierry ont marqué l’histoire, notamment car ils ont débuté à une époque où la diffusion de match de football se faisait plus rare. Très honnêtement, la comparaison est flatteuse, reste que nous en sommes encore loin. Et puis rassurez-vous, je ne vis pas pour ça, et suis déjà très content que l’on nous associe à l’histoire récente de l’Équipe de France ».

Quel est votre meilleur souvenir jusqu’à présent ?

G.M. : « Difficile d’en ressortir un. Le plus récent est évidemment le sacre des Bleus en 2018, je veux dire l’ensemble du parcours, la dramaturgie, et pas seulement le but de Benjamin Pavard. Si je rembobine un peu plus en arrière, je garde en mémoire la fierté d’avoir pu commenter l’athlétisme pour Canal+ lors des Jeux olympiques de Pékin en 2008. Si le grand public me connaît avant tout à travers mes commentaires footballistiques, il faut savoir que j’aime le sport au sens large, et particulièrement l’athlétisme. C’est une discipline qui a bercé mon enfance ».

La pluralité des disciplines est la richesse du sport

Vous commentez votre quatrième événement majeur pour le Groupe TF1… Comment avez-vous pris l’habitude de préparer ce type d’échéance ?

G.M. : « Me concernant, avant chaque compétition, je rassemble un maximum d’informations sur les équipes que je vais commenter. Il s’agit de recueillir le plus de data pour construire une fiche pour chaque match, chaque équipe et chaque joueur. Vient ensuite le jour J durant lequel je prends la température de l’atmosphère et passe quelques coups de fil pour affiner mon approche émotionnelle… Plus que la connaissance, l’émotion est l’élément sur lequel je travaille le plus désormais. Ceci est d’autant plus vrai, que je n’ai pas pu véritablement parfaire ma préparation cognitive cette année, faute de temps, car j’ai énormément travaillé sur un projet de podcast qui me tenait à cœur ».

Quelles sont les chances des Bleus selon vous ?

G.M. : « Ils peuvent aller au bout, et je pense même que la France est potentiellement plus forte qu’en 2018. Cela dit, ce statut de favori et de Champion du monde rend le parcours encore plus difficile. En plus de générer de la pression pour les joueurs de Didier Deschamps, cela peut d’autant plus stimuler les autres équipes, et nous avons pu le constater avec la Hongrie ».

Vous êtes une icone pour de nombreux journalistes en devenir. Que conseillerez-vous à toutes ces graines qui n’attendent que de fleurir dans le sport ?

G.M. : « Il est drôle de constater l’évolution du métier de commentateur sportif. À l’époque, ce n’était pas une profession qui faisait rêver les jeunes, ce qui a radicalement changé avec les sacres des Bleus. Je regrette toutefois que cette aspiration ne soit que trop peu nuancée : la grande partie des jeunes que je croise ne voient le commentateur sportif que par le foot. Or, la pluralité des disciplines est justement la richesse du sport… J’aimerais donc leur conseiller de ne pas se concentrer exclusivement sur le foot. Derrière la casquette de commentateur, ils doivent s’approprier la dimension journaliste et s’intéresser au sport bien au-delà du foot, faute de quoi ces derniers resteront dans leur bulle. Il faut être curieux, avoir l’envie de découvrir, et d’apprendre depuis d’autres horizons. Si ma carrière s’est essentiellement dessinée autour du foot, je peux vous garantir que j’ai énormément progressé en commentant du handball, ou encore du tir à l’arc par exemple ! »

Vous évoquiez vos podcasts. Pouvez-vous en dire plus ?

G.M. : « Mon aventure podcast a commencé l’an passé, lorsque TF1 a commencé à déployer cette offre. J’ai pu réaliser une série d’entretiens avec des champions pour alimenter la verticale sport, avant de me lancer dans la création de Le jour où », un projet personnel destiné à retracer les tribulations des équipes de France pendant les Championnats d’Europe. Très concrètement, “Le Jour où” est l’histoire des Bleus de 1984 à 2016, racontée par ceux qui ont contribué à sa narration. D’Alain Giresse à Dimitri Payet, en passant par Youri Djorkaeff, Bixente Lizarazu ou Raymond Domenech, plusieurs figures se sont livrées sans filtre pour me permettre d’aboutir à une série de neuf épisodes qui mélangent interviews et documentaires sonores. J’ai consacré beaucoup de temps et d’énergie pour mettre ce projet en boite. Il y a peu de choses dont je suis vraiment fier dans ma vie professionnelle, ce bébé en fait partie. À vous d’en juger ».

Entretien* : Alexis Venifleis
© SportBusiness.Club Juin 2021

(*) Réalisé en partenariat avec Sportune.fr