Pourquoi Mediapro se veut plus conciliant

Droits TV

Droits TV du foot français, acte 3. Le conflit ouvert entre Mediapro et la Ligue de football professionnel (LFP) à propos des droits du championnat de Ligue 1 inaugure un troisième épisode. Après l’attribution, en mai 2018, de l’essentiel des lots au groupe espagnol puis, en octobre 2020, du non paiement de la deuxième échéance, voici le temps de la Procédure de Conciliation. Ce mercredi 21 octobre, Jaumes Roures, le président et fondateur du groupe audiovisuel espagnol, a confirmé lors d’une conférence de presse l’information publiée dans Le Canard Enchaîné il y a une semaine.

« Il y a deux ans, lors de l’appel d’offres de la Ligue, nous n’avons pas surpayé les lots que nous avons acquis, a expliqué le dirigeant. Le prix était correct : 780 millions d’euros annuels pour 80% de la Ligue 1. Nous avions fait nos études de marché. Le projet est pour quatre années, pas une et encore moins une journée de championnat. Nous nous tenons à notre projet ». Mais, depuis, le coronavirus s’y est invité. « Le covid-19 a touché toute la société et désormais il faut voir comment s’adapter, » poursuivait Jaumes Roures.

En clair, les conditions ont changé et Mediapro est à la recherche d’économie. Son actionnaire majoritaire, le groupe chinois Orient Hontai Capital, qui a pris le contrôle de l’entreprise espagnole en février 2018, quatre mois avant l’appel d’offres (contrairement a ce qu’a affirmé Jaumes Roures lors de son point presse), n’est sans doute plus aujourd’hui aussi motivé pour sortir autant de centaines de millions d’euros en quelques mois.

Gagner du temps

Dans ce contexte, la procédure de conciliation arrive à point nommé. Ce moyen juridique, renforcé par le Gouvernement au début de la crise sanitaire, a été mis en place pour éviter les dépôts de bilan en aidant les entreprises à rééchelonner leurs créances. Cette négociation, dont le contenu reste confidentiel entre les parties, prend 3 à 4 mois et peut se prolonger de 1 ou 2 mois supplémentaires. Elle a surtout l’avantage de geler les positions. C’est-à-dire que le créancier ne peut pas, durant la procédure, réclamer une injonction de paiement. Mediapro ne sera donc pas obligé de payer son échéance d’octobre, de 172 millions d’euros, ni la suivante prévue en décembre.

« Nous allons respecter les accords que l’on a signé, a insisté plusieurs fois Jaume Roures, à la mine triste et déconfite. Notre objectif est de trouver un cadre qui respectera les parties. Ce sera un solution raisonnable avec des adaptations nécessaires ». La procédure permet surtout à Mediapro de gagner du temps. La conciliation, qui n’avait sans doute pas été imaginée pour des sommes aussi importantes, pourra rééchelonner les échéances à payer. Elle pourrait aussi conduire à modifier les termes financiers du contrat. Rien n’est interdit.

Baisser le prix des droits, au moins sur la première année, est forcément le but non avoué jamais clairement et publiquement avancé par Jaume Roures. Cependant, si la conciliation aboutissait à cette solution, la Ligue de football professionnel devrait faire face à la fronde des autres diffuseurs, et notamment Canal+. « Dans ce cas, les conditions de mise en concurrence auraient changé, et il n’y aurait pas d’autres solutions que de relancer un appel d’offres, » prévient un avocat spécialisé. L’histoire des droits TV du foot français devrait donc connaitre d’autres futurs actes.

© SportBusiness.Club Octobre 2020


Et alors, combien d’abonnés ?

« Les chiffres publiés dans les médias sont faux ». Jaume Roures, le président et fondateur de Mediapro a souhaité livrer ses propres données concernant le nombre d’abonnements à la chaîne Téléfoot : « environ 600 000 », a-t-il indiqué, en ajoutant « ne pas connaître exactement les chiffres des opérateurs ». Netflix et Apple figureraient « parmi les sources d’abonnements les plus importantes ». Par ailleurs, les abonnement seraient surtout souscrits pour une année.


Quelle degré de confiance aujourd’hui ?

L’annonce officielle du lancement d’une procédure de conciliation entre Mediapro et la Ligue de Football professionnel, serait, selon Jaume Rourés, un moyen de redonner de la confiance. « Tout ce bruit autour de cette affaire ne bénéficie à personne et nous met en difficulté, a avoué le président et fondateur du groupe espagnol. Il y a désormais de la méfiance, d’une part des investisseurs auprès desquels nous pourrions chercher du financement, et d’autre part vis-à-vis des abonnés ». La prise d’abonnement risque effectivement d’être au point mort. Enfin, Mediapro devra aussi retrouver la confiance des dirigeants du foot français, ce qui est ici une autre affaire.

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