Tokyo 2020 à huis clos: un impact négligeable pour l’économie japonaise

Tokyo, JAPAN - 23 July, 2019 : NIhonbashi City Dressing

Aussi spectaculaire qu’elle paraisse, la décision jeudi des organisateurs de renoncer aux spectateurs sur presque tous les sites des Jeux olympiques de Tokyo à cause du Covid-19 ne va pas plomber l’économie du pays, selon des analystes. « Bien sûr que cela a un impact négatif, puisque cela veut dire que moins de gens vont venir à Tokyo pour dépenser de l’argent, a déclaré à l’AFP Masamichi Adachi, économiste chez UBS. Mais est-ce que c’est vraiment substantiel? Evidemment que non »

Depuis la pandémie et le report des Jeux l’an dernier, il était devenu clair que les anciennes attentes sur les retombées économiques de l’événement pour le Japon étaient généralement « exagérées », a-t-il rappelé. « Le niveau de l’activité économique est déjà faible, » actuellement au Japon, a poursuivi Masamichi Adachi, du fait de la crise sanitaire persistante et de restrictions pesant sur la consommation. Mais il s’attend à un vif rebond au second semestre, grâce à l’amélioration constante du taux de vaccination dans le pays.

L’état d’urgence, un dispositif du gouvernement prévoyant surtout des restrictions pour les bars et restaurants, va être réintroduit à Tokyo à compter de lundi jusqu’au 22 août, couvrant ainsi toute la durée des Jeux olympiques (23 juillet-8 août). C’est l’effet psychologique du retour de l’état d’urgence, et non le huis clos des JO, qui a plombé la Bourse de Tokyo vendredi. L’indice vedette Nikkei a lâché 2,9% sur l’ensemble de la semaine écoulée.

Des partenaires impactés

La quasi-absence de spectateurs aux JO « avait largement été anticipée par le marché mais c’était (malgré tout) une nouvelle négative, particulièrement pour les entreprises partenaires », a commenté auprès de l’AFP Shinichi Yamamoto de Okasan Securities. Certains sponsors locaux, qui ont injecté au total 3,3 milliards de dollars dans les JO de Tokyo, misaient beaucoup sur la présence de spectateurs, comme le brasseur Asahi, dont l’action a perdu 2% vendredi, ou l’équipementier Asics, dont le titre a lâché près de 2%.

En revanche l’impact devrait être minimal pour les partenaires majeurs du Comité international olympique (CIO), engagés sur plusieurs olympiades et réalisant le gros de leur chiffre d’affaires à l’étranger, tel le géant automobile Toyota. Les infrastructures olympiques construites pour l’occasion se retrouvent certes trop grandes pour l’événement, mais elles doivent resservir par la suite et ces méga-chantiers avaient soutenu la croissance du Japon ces dernières années.

Dans la dernière version du budget des JO de Tokyo livrée fin 2020 (13 milliards d’euros), les organisateurs tablaient sur 800 millions de dollars (676 millions d’euros au cours actuel) de recettes liées à la billetterie. Mais cette prévision était déjà devenue obsolète en mars de cette année, quand les spectateurs venant de l’étranger ont été exclus.

Le porte-parole du gouvernement japonais, Katsunobu Kato, a expliqué vendredi qu’il était prévu que la ville de Tokyo couvrirait le comité d’organisation des Jeux en cas de pertes. Tokyo en a largement les moyens: la capitale de la troisième économie mondiale pèse à elle seule 19% du produit intérieur brut national. Et le PIB nominal de Tokyo en 2019 était supérieur à celui des Pays-Bas ou de la Suisse, par exemple.

Par Etienne Balmer
© Agence France-Presse Juillet 2021