«Les clubs sont tentés de choisir eux-mêmes les journalistes»

L’interview du samedi : Jean-Marc Michel. A l’occasion des Micros d’Or, qui se sont tenus à Morzine, le président de l’Union des journalistes de sport français (UJSF) revient sur les principales difficultés rencontrées : les accès aux événements et aux équipes se compliquent. Jean-Marc Michel se dit également « terrifié » par le nombre d’étudiants en écoles de journalisme déferlant chaque année sur le marché du travail.

Le problème des droits radio est-il toujours d’actualité ?

Jean-Marc Michel : «Oui. On pensait que c’était réglé depuis le début des années 2000 grâce à Marie-George Buffet et à loi portée par Jean-François Lamour [NDR : deux anciens Ministres des Sports]. Or, les organisateurs, également détenteurs de droits, ont trouvé une parade en s’inscrivant à l’étranger. Juridiquement, cela est devenu difficile à combattre pour nous. Plutôt que d’avouer qu’il s’agit de droits radio ces coûts sont maquillés en frais techniques. Mais, dans un stade ou une enceinte sportive en France ce sont les collectivités locales qui s’occupent de ces frais techniques. Tout cela n’est pas très clean, d’autant que ce problème prive l’accès à l’événement d’une grande partie de la profession et cela est totalement anormal.»

Comment l’UJSF compte régler ce problème ?

J.-M. M.: «Pour répondre à cela, nous essayons de lancer une pétition au niveau européen. Nous explorons des pistes afin de saisir la Cour européenne dans le but de faire valoir le droit à l’information et à la liberté d’expression

Certains journalistes se sont vus interdire de stade par un club. Est-ce récurrent ?

J.-M. M.: «Cela s’est accentué avec la privatisation des installations. L’exemple le plus récent est celui du Paris Saint-Germain. Le club est propriétaire de son centre d’entraînement et en a interdit l’accès à un journaliste de l’Equipe en prétextant justement qu’ils étaient chez eux et qu’à ce titre ils pouvaient choisir qui pouvait entrer ou pas. De plus en plus de clubs ont cette tentation : choisir les médias ou les journalistes avec lesquels ils veulent travailler. C’est véritable danger pour plusieurs raisons. Déjà, c’est quoi le bien disant ? Ainsi, il faudrait seulement dire que l’équipe est la plus belle et la meilleure, même si elle est dernière du classement ? Mais cela n’est pas possible ! J’ai toujours estimé que la crédibilité d’un athlète ou d’un club venait justement du fait qu’il laissait la liberté d’expression aux médias. C’est, il me semble, tellement naturel. Quel que soit le rôle que l’on a dans la vie, on doit toujours avoir le respect des concitoyens. Mais si on prive un journaliste d’accéder un évènement sportif, c’est surtout le citoyen qui en est privé. Le journaliste est le relais entre le citoyen et la compétition. Si ce relais disparaît, notamment parce qu’il y a de plus en plus de réseaux payants, quelles opinions peut se forger le public ?»

Il y a-t-il eu des actes de pression envers les journalistes de sport ?

J.-M. M.: «En début de saison, à Laval, après un match, l’entraîneur a menacé le journaliste de Radio France présent sous prétexte qu’un commentaire ne lui avait pas plu. Il l’a menacé de mort et a raconté aux autres qu’il se baladait avec un flingue dans son sac ! Ca aussi ce n’est pas possible. Nous ne sommes pas au Far-West, mais en France. Les dirigeants du club l’ont soutenu et également le syndicat des éducateurs. Si eux tolèrent et soutiennent de tels agissements, il y a du soucis à se faire.»

Jean-Marc Michel, président de l’Union des journalistes de sport français

La vocation chez les jeunes pour être journaliste de sport existe-t-elle toujours ?

J.-M. M.: «Oui, et même plus que jamais. Toutefois, depuis quelques années je dénonce un phénomène qui me terrifie : il existe quatorze écoles reconnues, et tous les ans, fin juin, elles déversent entre 350 et 400 candidats à l’embauche. Or, en France il n’y a pas 400 emplois à pourvoir tous les ans dans le journalisme ! Satellisées autour de ces écoles, il y en existent au moins autant qui proposent au minimum un nombre équivalent de candidats à l’embauche. Bon an, mal an huit cents jeunes arrivent donc sur le marché pour devenir journaliste : c’est un véritable scandale. Cela fait énormément de déçus. Ces cursus coûtent parfois chers et à la sortie des études c’est le néant.»

Faut-il limiter le nombre d’écoles et d’étudiants en journalisme ,

J.-M. M.: «Personnellement, je vais dans les écoles pour mettre les élèves en garde, parfois au grand Dam des directeurs. Mais je me dois de les informer afin, justement, qu’ils préparent leur arrivée sur le marché du travail. Aujourd’hui, le talent ne suffit plus pour avoir accès à un emploi. Il faut trouver des idées, et ne pas laisser en l’état.»

© SportBusiness.Club. Décembre 2018


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