Chronique. Le cyclisme a pris la “voie” de son maître

Par François Artigas*. En généralisant l’utilisation des oreillettes, le cyclisme est en train de perdre son âme et, avec elle, un public populaire qui s’émerveillait naguère des exploits de ces forçats de la route qui nous faisaient tant rêver par leur audace et leur panache. Constat.

Accessoire naguère indispensable aux seuls animateurs télé en mal d’inspiration, l’oreillette est désormais omniprésente dans les pelotons cyclistes. A telle enseigne que les coureurs désormais informés depuis les voitures de leurs directeurs sportifs sur les stratégies de course, rendent les épreuves auxquelles ils participent ennuyeuses. Voire parfois franchement insipides. Les championnats nationaux et mondiaux faisant pour l’instant exception à la règle en interdisant cette pratique, mais pour combien de temps encore ? La question mérite d’être posée.

Cette triste évolution qui va à l’encontre du spectacle arrive au pire moment pour un sport où le dopage technologique avec ces fameux vélos à assistance électrique n’en finit plus d’instiller le doute sur la réalité de certaines performances. Notamment parmi les amoureux de la petite Reine qui voient d’un très mauvais œil cette “révolution” destinée au départ aux usagers, mais qui fausserait complètement le résultat des courses dès lors que ce sont des coureurs amateurs ou professionnels qui l’utiliserait. La rumeur accusant même des champions de premier plan d’avoir eu recours à cette tricherie pour remporter des courses et non des moindres !

Consciente du danger mortel pour son sport, l’UCI (Union cycliste internationale) semble avoir pris le taureau par les cornes en multipliant les contrôles des vélos, avant et après les courses : cent-trente lors du dernier Liège-Bastogne-Liège par exemple ! Reste qu’en continuant a autoriser les oreillettes le danger de tuer à petit feu ce sport que ses instances internationales sont pourtant chargées de défendre et de promouvoir est tout aussi grand.

Oubliez les oreillettes !

Au lieu d’aider leur sport à devenir plus attractif, l’utilisation des oreillettes en minore le suspense et réduit d’autant le prestige de ces forçats de la route qui faisaient hier encore toute notre admiration en entrant de plain-pied dans la légende du sport ! Imagine-t-on un seul instant un Fausto Coppi, un Jacques Anquetil, un Raymond Poulidor ou, plus près de nous, un Eddy Merckx ou un Bernard Hinault prenant des directives de leur Directeur sportif par… radio ! Elle est bien loin, l’heureuse époque où seul l’ardoisier et quelques spectateurs particulièrement avertis rassemblés sur le bord de la route donnaient les écarts aux coureurs !

Qu’auraient pensé de cette évolution technologique, les chantres du cyclisme qu’étaient les Georges Briquet, Robert Chapatte, Jean-Paul Brouchon, Jacques Marchand, Pierre Chany ou Antoine Blondin. Sans parler de ceux qui furent les emblématiques directeurs du Tour de France à l’instar de Henri Desgrange, Jacques Goddet ou Félix Lévitan. Ils doivent aujourd’hui se retourner dans leur tombe !

On peut parier sans grand risque de se tromper qu’ils auraient pris comme une insulte qu’on puisse leur proposer une pareille hérésie. Alors Messieurs les tenants de ce merveilleux sport qu’est le cyclisme oubliez ces fameuses oreillettes pour les laisser à ces animateurs télé qui ont besoin de cet accessoire pour briller. Les coureurs disposent eux d’autres arguments pour nous faire rêver et entretenir la légende de leur sport !

© SportBusiness.Club Mai 2021

François Artigas est romancier et journaliste spécialisé dans les médias et le sport. Il a travaillé plusieurs années à Télécâble Sat Hebdo et Télé Obs. Il vient de signer son cinquième livre : Jour de chance au Palace.