Comment le covid-19 a changé les événements sportifs

Les événements sportifs n’ont pas échappé à la règle : ils ont dû s’adapter pour répondre aux nouvelles exigences du monde d’après, celui dont les règles sont imposées par la crise sanitaire du covid-19. Le premier observatoire des GESI (Grand événements sportifs internationaux), organisé ce mercredi 18 novembre par Sporsora, a mis en exergue les exemples d’anticipation de Roland-Garros, du Tour de France et du Vendée Globe. Les mesures sanitaires, les restrictions d’accès du public ont aiguisé la créativité des organisateurs. Certaines innovation devraient même persister.

« Nous sous sommes rendus compte que la crise nous a permis de faire des choses que nous ne réussissions pas à mettre en place depuis plusieurs années, a expliqué Florian Vuillaume, responsable du pôle organisation cyclisme chez Amaury Sport Organisation (ASO). Ainsi, depuis des années, nous souhaitons faire maigrir le Tour de France, afin de pouvoir rester dans le cœur des villes et aller sur les plus hauts sommets. Nous sommes passés de 4 500 accrédités permanents à 1 500. Par exemple, France Télévisions, diffuseur hôte, est passé de 600 personnes à 300 sur terrain, sans dégrader la qualité de la prestation ».

Les contraintes de la crise sanitaire se sont aussi révélées comme des opportunités pour donner un coup d’accélérateur au plan RSE dans lequel le Tour était déjà engagé. Ainsi, une partie de la flotte des véhicules officiels prêtés par Skoda est passée en hybride, et quelques voitures 100% électrique ont même été introduites. « Nous avons également pris la décision d’interdire l’accès du public en voiture sur 24 cols afin d’y limiter la densité de spectateurs, poursuit Florian Vuillaume. On s’est rendu compte que nos spectateurs se sont adaptés et sont venus à vélo. Du coup, peut être allons-nous l’année prochaine étendre cette mesure qui incite les gens à cette nouvelle mobilité ». Le Tour apparaît comme une transition entre le cyclisme de haut niveau et le vélo comme moyen de déplacement et mode de vie.

Au port des Sables-d’Olonne, le départ du Vendée-Globe faisait face à une autre problématique : comment événementialiser le départ de la course à la voile alors que le public était interdit d’accès ? « Compte-tenu du contexte et du huis clos, des innovations se sont imposées à nous, comme la sanctuarisation des pontons lors de la présentation des skippers avant le départ, » a expliqué Laura Le Goff, Directrice générale du Vendée Globe. Cet espace où généralement grouillent membres des équipes, invités des partenaires et journalistes, est, du coup, resté quasiment vide, ce qui a eu comme conséquence heureuse de mettre en valeur les skippers lors de la diffusion télé. « Finalement nous nous y sommes retrouvés médiatiquement grâce à des images très fortes émotionnellement des marins, » a-t-elle poursuivi.

Pour autant, les organisations sportives s’impatientent de voir revenir le public et les médias. Les capacités techniques du nouveau centre média de Roland-Garros, juste terminé en 2020 mais qui est resté vide cette année, a permis la production audiovisuelle de près de 700 conférences de presse, offrant aux journalistes la possibilité de travailler à distance durant le tournoi. « Qu’il y ait plus de dimensions virtuelles parce que la technique le permet, c’est bien, mais, clairement, le nouveau stade de Roland-Garros n’est pas destiné à accueillir un tournoi à huis clos et sans journaliste, a reconnu Stéphane Morel, Directeur général adjoint de la Fédération française de tennis. Ce lien physique a une vraie valeur ajoutée. La présence des journalistes et des médias apporte un plus ».

© SportBusiness.Club Novembre 2020.

Pour revoir en replay l’émission du 1er Observatoire des GESI, c’est ici, sur Be Sport.


Des partenaires restés fidèles

L’une des difficultés des organisateurs en pleine crise sanitaire aura été de répondre aux engagements contractuels signés avec les partenaires. Pas facile avec des compétitions qui s’annulent, se reportent ou se déplacent dans le virtuel. Là encore, l’adaptation a été le maître mot.

Le Tour a trouvé de nouveaux terrains d’expression. « Nous avons eu un soutien sans faille de nos partenaires économiques a assuré Florian Vuillaume d’Amaury Sport Organisation. Ils ont été présents à 100% sur le Tour de France. Nous avons dû leur imposer une réduction de leurs nombres d’invités et dans la caravane publicitaire ». Afin d’optimiser l’exposition des marques, le Tour de France a activé au mieux l’ensemble de ses supports, notamment numérique grâce à la création d’un Tour de France virtuel auquel ont participé 230 000 concurrents amateurs et où les sponsors officiels ont trouvé un territoire d’expression alternatif. Toutefois, certains contrats commerciaux ont été renégociés ou reconduits d’une année.

Roland-Garros a conservé un peu d’hospitalité. « Nos partenaires les plus importants ont été privilégiés, et le Village a été maintenu avec des jauges moindres et les invités étaient rares, mais le fait de garder un programme de relation public a été très apprécié », a expliqué Stéphane Morel, Directeur général adjoint de la Fédération française de tennis. Les organisateurs de Roland-Garros estiment avoir fait preuve « d’empathie » envers leurs partenaires et les droits ont été facturés avec un ajustement de ce qui a été effectivement livré. Par ailleurs, le territoire du numérique, et notamment le tournoi virtuel eSeries by BNP Paribas, s’est révélé être là-aussi un support d’expression additionnel pour les marques.