Film. Le 5e set de la vie d’un tennisman

A l’aube de sa carrière sportive, Thomas Edisson, interprété par Alex Lutz, redoute de voir arriver le jour où il devra raccrocher ses raquettes. A 37 ans passés, classé au-delà de la 100e place mondiale, il court la planète, les tournois ATP 125, 250… et fait ses comptes. Entre dépenses de voyage et d’hébergement et primes possibles, il gère comme il peut son budget et sa vie familiale aux côtés de sa femme, Eve, jouée par Ana Girardot, et son petit garçon de 4 ans. Refusant de regarder la réalité en face, Thomas, qui a connu son heure de gloire dix ans auparavant, croit encore à un exploit lors de Roland-Garros. Si son corps tient.

Film intimiste, 5e Set plonge le spectateur dans la vie quotidienne et parfois douloureuse des sportifs de haut niveau de l’ombre. Ceux qui ne sont pas dans la lumière, qui ont tout sacrifié pour leur sport et doivent parfois se serrer la ceinture pour joindre les deux bouts. Le regard de Quentin Reynaud sur le tennis et le sport est cruel. L’angle de l’histoire est originale : peu de film s’intéresse ainsi aux sans gloire. Le réalisateur leur donne un identité, un visage.

Passionné de tennis, Quentin Reynaud a commencé à écrire le scénario de 5e Set en 2011. Une partie du tournage s’est déroulée durant 4 semaines en septembre 2019 dans le stade de Roland-Garros, sur le court n°14, à l’ombre du Central Philippe-Chatrier. Les partenaires traditionnels du tournoi sont présents, notamment BNP Paribas. L’univers des sponsors est même évoqué dans le film avec une marque de cosmétique opportuniste souhaitant parrainer Thomas. Les traits du personnage de la directrice du marketing sont cependant un peu caricaturaux. Enfin, Asics est bien visible dans 5e Set : l’équipementier habille Thomas. Un placement de produit “amical” a assuré l’équipementier à SportBusiness.Club. Initialement programmé à l’automne 2020, la sortie du film a été retardée à cause de la crise sanitaire et de la fermeture des salles de cinéma.

5e Set, un film de Quentin Reynaud (scénario et réalisation), 1h53, sortie en salle mercredi 16 juin 2021 en France

© SportBusiness.Club Juin 2021


3 questions à Alex Lutz*

Comment Alex Lutz, féru d’équitation, s’est-il retrouvé dans un film, en champion d’un sport qu’il n’avait jamais pratiqué ?

Alex Lutz : « La première fois que Quentin Reynaud m’a parlé de son idée d’un film autour d’un joueur de tennis, c’était en 2015, sur le tournage de Paris-Willouby. Mais à l’époque, son scénario, qu’il portait pourtant passionnément depuis plusieurs années, était encore en chantier et notre conversation était restée assez informelle. Après Paris-Willouby, nous avons continué notre route, chacun de notre côté, mais nous n’avons pas coupé les ponts. Un jour que je partais jouer à Marseille, je le croise gare de Lyon et cette rencontre me fait un bien fou : à ce moment bien qu’étant encore dans le bonheur du César pour Guy, je vis une petite déconvenue à cause d’un film que j’avais très envie de faire, mais dont je venais d’apprendre qu’il ne se ferait pas. Le hasard, qui est parfois heureux, fait que Quentin et moi, non seulement prenons le même train, mais sommes dans le même wagon. Pendant le voyage, notre conversation revient évidemment sur 5ème Set, dont il m’annonce qu’il l’a enfin achevé. Il me propose de le lire sans objectif particulier. Moi qui suis plutôt lent à la lecture, je l’avale d’une traite, et j’en ressors complètement chamboulé. J’appelle Quentin et lui dis que s’il veut bien de moi, je suis son homme pour être Thomas. Après une petite séance de terre battue ensemble, il me donne son accord, mais me prévient que le rôle va me demander beaucoup d’investissement. A ce moment-là, je ne mesure pas encore le travail que cela va entrainer ».

Ce dévoilement de la réalité de la vie “hors court“ d’un joueur de tennis est une grande première dans le cinéma de fiction. Cet aspect de 5ème Set a-t-il joué dans votre envie d’être Thomas ?

A.L. : « C’est, en tous cas, celui qui m’a le plus touché, parce que c’est lui qui donne au film cette vérité que j’évoquais plus haut. Il permet de comprendre que derrière un joueur un peu insaisissable dans son comportement sur le terrain, il y a peut-être un papa, qui prend le temps de s’occuper de son enfant, un prof, qui entraine des gamins, et un mari qui jongle avec les contrats pour finir sans “découvert” ses fins de mois. Je ne connaissais pas du tout le quotidien d’un professionnel du tennis. Si je pouvais me douter de certaines choses, par exemple, de ce que l’égoïsme ou le détachement apparent de certains joueurs peut cacher de courage et de détermination, j’étais loin de supposer à quel point, pour certains d’entre eux, il peut être vital, de maintenir leur classement mondial. Cette nécessité de monter les échelons, ou, à minima de ne pas les descendre, accentue le crescendo du suspense lors du match final du film. On a compris qu’il se joue là la survie d’un joueur. Que 5ème Set puise la force de son envolée finale dans le récit du quotidien, parfois si problématique, d’un tennisman lui donne un intérêt formidable, le rend inclassable ».

Comment vous, qui n’aviez jamais tenu une raquette de votre vie, avez-vous réussi, physiquement, à devenir Thomas ?

A.L. : « Pendant quatre mois, je m’entrainais quatre heures par jours, à raison de deux heures de sport et de deux heures de tennis à proprement parler. Le but n’était pas de me transformer en “monsieur muscles”, mais de me donner une carrure et une énergie plausible de champion. Je ne partais pas de rien. Comme je vous l’ai dit, je suis quelqu’un qui bouge beaucoup, sur scène et dans la vie, et qui a une certaine pratique sportive, mais là, il s’agissait de donner à mes mouvements, plus de souplesse, de tonicité et de rapidité. Conseillé par un coach, je me suis astreint à taper sans relâche dans des balles, en en ratant beaucoup, énormément. J’ai d’abord très très mal joué, puis mal joué. Je ne joue toujours pas bien, mais il y a un mieux (rire). Cette maladresse n’était pas grave car pour les séquences de matches ou d’entrainement, le rôle demandait essentiellement de savoir mettre, avec le maximum de naturel, trois balles dans sa poche, ou de les faire rebondir par terre, ou d’amorcer un service vraisemblable. Au fond, mon travail, sur le court relevait beaucoup de la chorégraphie. Si on regarde bien, j’ai très peu de frappes de balle dans le film et c’est tant mieux : le contraire n’aurait été ni faisable, ni vraiment raisonnable. Pour qu’à l’écran, les choses soient crédibles, j’ai surtout beaucoup travaillé sur la “mimesis” avec ma doublure, et j’ai aussi beaucoup bûché ma gestuelle hors du court. Quentin voulait qu’en me regardant me tenir, marcher, porter mon sac ou poser un grip sur ma raquette, on puisse se dire : “voilà un type qui a trente ans de tennis derrière lui” ».

(*) Extrait du dossier de presse d’Apollo Films Distribution