Cinéma. L’envol de Nadia Butterfly à Tokyo 2020

A 23 ans, Nadia Beaudry a décidé qu’elle arrêtera la natation après les Jeux olympiques de Tokyo. La nageuse en a assez des sacrifices et cherche un vent de liberté. Avec l’équipe du Canada elle part au Japon : le challenge est de ramener une médaille. Dans la capitale nippone, où elle découvre la face cachée et les excès du Village des athlètes, le doute le ronge. Peut elle réellement tout stopper et mettre fin à sa carrière sportive ?

Ancien nageur, le canadien Pascal Plante signe avec Nadia Butterfly un film sur le sport très intimiste. Cette fiction dramatique fait pénétrer le spectateur dans la tête d’une sportive de haut niveau en proie à ses démons. Il montre la face cachée des athlètes, celle de bête d’entrainement de machine à records et à victoires. Cette fiction dramatique, qui aborde un sujet rare dans le sport, a figuré dans la sélection officielle du Festival de Cannes 2020.

Réalisé à l’automne 2019, Nadia Butterfly a nécessité 4 jours de tournage à Tokyo, où débutent justement les Jeux olympiques vendredi 23 juillet 2021. Le film devait sortir durant l’été 2020, mais la pandémie de covid-19 en en voulu autrement. Il a été reporté d’une année, tout comme les Jeux de Tokyo.

Les rôles ont été confiés à des nageuses professionnelles. Ainsi, Katerine Savard, qui interprète le personnage principal, a été médaillée de bronze avec l’équipe du Canada en relais 4 x 200 mètres lors des Jeux de Rio 2016. Cet été, au Japon, elle participera à ses troisièmes Jeux*. Le film fait référence aux Jeux, mais joue avec l’identité visuelle de la compétition qui est cachée : ainsi, les anneaux ne sont jamais visibles. A l’inverse, de l’équipementier de Nadia, Arena, qui est lui très visible. Détail : ce n’est pas le partenaire officiel de l’équipe de natation du Canada.

Nadia Butterfly, un film de Pascal Plante (scénario et réalisation), 1h47, sortie en salle mercredi 4 août 2021 en France

© SportBusiness.Club Juillet 2021

(*) Mise à jour : qualifiée en série du 100 mètres papillon, Katherine Savard a été éliminée en demi-finale aux Jeux de Tokyo.


3 questions à Pascal Plante, réalisateur*

Quelle a été la motivation première derrière Nadia, Butterfly ?

Pascal Plante : « Je voulais faire une incursion sociologique dans l’envers du décor olympique. Proposer un point de vue différent de celui capté tous les quatre ans par les caméras de retransmission. Les Jeux Olympiques, c’est un peu le Las Vegas du sport : ce qu’on en montre est toujours très beau, très glamour, très policé. Mais la réalité est très différente. On est loin du conte de fée tout rose… Je voulais capter tout ce que les caméras officielles ne regardent pas ».

La séquence de la compétition est époustouflante. Comment l’avez-vous conçue ?

P.P.. : « On voulait faire l’inverse de ce qu’une couverture olympique aurait montré. Le plan-séquence s’est rapidement imposé. Mais il n’a été possible que grâce à l’implication de nos nageuses olympiques et à l’effort qu’elles ont fourni. À mon grand regret, il y a peu de films de sports qui mettent en scène un véritable effort physique. Les réalisateurs utilisent souvent les trucs et astuces du cinéma : le montage, les mouvements de caméra, les effets spéciaux… À l’arrivée, les scènes de sport deviennent les scènes les plus escamotées du film. Notre pari était de montrer cet effort physique ininterrompu pour créer une connexion émotionnelle avec la performance. Je suis un grand fan de films musicaux, notamment ceux de Fred Astaire et Ginger Rogers. Leurs scènes de danse sont des plans-séquences ! On les voit à chaque instant, c’est évident que c’est eux, ils n’ont pas de doublure. Ces personnages auxquels tu t’attaches depuis le début du film, tu les vois effectuer une réelle performance sous tes yeux. C’est magique ! C’est la sensation de laquelle on a voulu se rapprocher ».

Vous êtes-vous demandé comment réaliser un film sur le sport qui ne
parle pas qu’aux amateurs de sport ?

P.P.. : « Dès l’écriture, ce n’est pas vers des films de sport que je me suis tourné pour aborder la psychologie de l’athlète. Je l’ai retrouvée dans Whiplash de Damien Chazelle. Le héros est batteur de jazz, mais il est tellement concentré sur sa volonté d’être le meilleur qu’il met de côté tout le reste : sa vie, sa copine… Je pense que c’est un peu aberrant pour 99% de la population, mais l’athlète en moi, lui, le comprend très bien. J’aime aussi beaucoup The Rider de Chloé Zhao, qui se passe dans le monde du rodéo aux Etats-Unis. C’est un beau film sur le point de bascule d’un homme qui ne peut plus poursuivre sa passion. Mes références n’étaient donc pas du tout des films de sportifs. J’aspirais à plus d’universalité. Je pense que tous les gens qui ont vécu quelque chose de très intense dans leur vie ou qui ont opéré un grand changement dans leur quotidien peuvent s’y retrouver ».

(*) Extrait du dossier de presse des Alchimistes.